L'afrique en marche

France/Nouvelle loi : vers la restitution du crâne d’un roi africain

France/Nouvelle loi : vers la restitution du crâne d’un roi africain

Le Parlement français, a moins d’un changement de dernière votera d’ici la fin décembre 2023, la Loi relative aux restes humains qui se retrouvent dans les musées de France.

Les royautés Sakalava de Madagascar qui renouvellent la puissance sacrée des rois de leur pays réclament depuis plus d’un siècle à la France, le crâne du roi Toera.

Celui-ci a été décapité dans la nuit du 29 au 30 mars 1897 par l’armée française au cours d’un guet-apens.

A l’instar du crâne de ce roi malgache, dans les armoires métalliques, malles, cartons, catalogues, répertoires et autres réceptacles funéraires des musées de France, se retrouvent tant de fragments humains. Au nombre de ces derniers, on compte des crânes et divers ossements dont surtout les mandibules.

Pour répertorier les restes humains, un Comité scientifique et mémoriel composé d’historiens et de spécialistes en anatomie a fait un état des lieux pour statuer sur les collections.

Ce Comité scientifique a conduit un travail conjoint d’analyse scientifique sur l’origine des restes humains faisant l’objet d’une demande de restitution. Objectif, préciser l’identification ou à défaut, les relier de manière probante au groupe humain dont ils sont présumés issus.

De leurs recherches, plus de 18.000 fragments humains du monde entier dont des africains se retrouvent dans les réserves funéraires des musées de France. Au nombre des pays africains, c’est Madagascar, la Namibie et la Tanzanie qui battent le record. A Madagascar, le cas du roi Toera dont les reliques se retrouvent en France est emblématique.

Malgré ce sujet très sensible, les experts ont pu tracer, identifier
et libérer la parole pour une prise de conscience par rapport à cette histoire relative aux ossements humains.

Durant l’inventaire de ce Comité, la tâche n’a pas été aisée, car la documentation était fragmentée, dispersée aussi bien avec les archives que les fonds et réserves des musées.

FRAGMENTS HUMAINS

D’où proviennent les ossements humains? Il ressort des investigations des experts que la recherche anatomique raciale a sous-tendu les collectes naturalistes. Ces dernières visaient en son temps à étudier les races dans le but d’établir une hiérarchie entre les races. Toutes ces collectes se sont déroulées sur fond d’humiliation et de maltraitance.

Ensuite, il a eu l’action de donateurs d’ossements humains aux musées. Dans ce cas, certains ont usé de profanation de tombes royales ou de sépultures anonymes lors des conquêtes coloniales et autres guerres pour parvenir à leurs fins

Dans l’un ou l’autre des cas, la dignité du corps humain de certains peuples autochtones a été bafouée.

LA SUBSTANCE DE LA LOI

La proposition de Loi vise la restitution des restes humains. Cependant, elle n’est possible qu’à des fins funérailles et non d’exposition.

Cette proposition de Loi définit ainsi la procédure et les conditions de dérogation au principe d’inaliénabilité des biens relevant du domaine public.

Elle fixe également le cadre général à la sortie des collections publiques, des restes humains qui y sont conservés dans le but de les restituer claire et transparente à des États tiers.

Cette proposition de Loi déposée le 26 avril dernier a fini l’étape du Sénat et dans quelques jours, ce.sera le vote du Parlement français.

Selon les dispositions de la Loi à venir, les restitutions se feront entre États.

Notons que l’amendement No AC8 prévoit la restitution aux territoires ultramarins.

DEJA DES CRITIQUES

Si la restitution n’est envisagée qu’entre États, des voix s’élèvent pour dénoncer cet état de choses, car elle a limitera la marge de manœuvre des associations.

Ces dernières dans l’impossibilité de prendre le lead pour motiver leurs demandes seront contraintes de recourir à la tutelle de leur État pour faire leurs demandes officielles de restitution.

Aux dernières nouvelles, en attendant le vote de cette proposition de loi, les projets de demandes foisonnent déjà. Il ne peut en être autrement, car avant la restitution, la cohésion des communautés pour apaiser les âmes avec le retour des ancêtres sur leur terre est indéniable.

En effet, les communautés autochtones sont décidées à faire leur deuil. Pour elles, cela passe par des rites expiatoires, condition sine qua non après les profanations de tombes et autres.

Après les restitutions, il revient aux Etats requérants de veiller aux grains afin d’éviter leur commerce.

Pour rappel, en matière de restitution de fragments humains, la France est en retard par rapport à l’Angleterre et l’Allemagne.

Site www.lafriqueenmarche.info du 7 décembre 2023 No 544

Ibrahim DIALLO correspondance particulière depuis la France

Bénédicte DEGBEY

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.