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Commerce Chine/ Afrique: containers la mode, valises en vogue

Commerce Chine/ Afrique: containers la mode, valises en vogue

Quand les grands hommes d’affaires africains font leurs transactions par containers depuis la Chine, les petits commerçants qui vendent aussi les costumes procèdent quant à eux par les valises. C’est le « commerce à valises ».

« Mon container, c’est ma valise..», dit Aziz. Celui-ci est un jeune commerçant nigérian, la trentaine révolue rencontré à Lagos (Nigéria).

Avec son brin d’humour ( mon container, c’est ma valise), ce jeune commerçant de costumes achetés en Chine et revendus au Nigeria, Bénin, Togo et Ghana a conceptualisé le débat.

Il poursuit : « Quand je vais en Chine pour m’approvisionner (une centaine au plus selon mes moyens), je reviens au pays avec deux ou trois valises et le compte est bon…».

« Pour longtemps encore, mon meilleur moyen de transport de mes produits textiles que je revends au Nigeria et ailleurs sera ma valise…», dit-il pour conclure.

Ils seraient des centaines de commerçants de costumes comme Aziz qui s’approvisionnent en Chine et qui jurent de ne pas changer d’approche. « Le commerce à la valise continue d’être le mode de transport de certains commerçants surtout ceux qui vendent les costumes…», analyse Tunde Fakiolu, un sociologue de son État.

« Au-delà de cette catégorie, il y a celle de petits commerçants transfrontaliers qui sillonnent le Nigeria, le Bénin, le Togo sans oublier les pays sahéliens…», décrypte encore Tunde Fakiolu.

Son collègue Gado Shitou quant à lui puise dans l’histoire pour expliquer ce phénomène. « Certains incriminent cette catégorie de commerçants à la valise, car ils seraient en retard sur le monde à l’heure du e-commerce.».

A MOT COUVERT

Il poursuit : « En Turquie, ce pays à la fois puissance économique et militaire qu’on ne présente plus dans le monde, les commerçants à la valise existent encore. Là-bas, on les appelle « Bavulcu(-lar) », c’est à dire les commerçants à la valise. Au sens littéral du terme, un bavulcu est une personne qui tire ses revenus de la bavul [valise]. ».

Pour l’expert Gado Shitou: « Le phénomène remonte aux années 1970, mais l’expression pour désigner ce commerce s’est forgée après la chute du rideau de fer à partir de 1989, lorsque des milliers de personnes venues d’Europe de l’Est ont soudain envahi Istanbul (la capitale de Turquie) en quête de produits de pénurie. Ils transportaient ce qu’ils avaient acheté à Istanbul dans leurs valises et c’est ainsi qu’à partir de l’objet contenant les marchandises, on en est venu à désigner l’activité elle-même….».

Ce type d’échanges permet de nourrir ses acteurs selon Saka Aliu, macroéconomiste. Il fait savoir encore: « Si c’est un mode de transaction qui fait son bonhomme de chemin, cependant, la place marchande associée au commerce à la valise tend à faire de ses acteurs, des « rebelles fiscaux »…», insiste-t-il.

« Par leurs transactions commerciales, ils inondent les marchés, font de la concurrence déloyale aux boutiques agréées de prêt-à-porter sans être en règle.», dit-il pour conclure.

En dépit de l’opacité et de la débrouille, le commerce à la valise a de beaux jours devant lui.

Wilfried GBEKAN correspondant au Nigeria

Site www.lafriqueenmarche.info du 27 novembre 2023 No 538

Bénédicte DEGBEY

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