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CEDEAO/Dr Hinnou : après la décision des pays de l’AES

CEDEAO/Dr Hinnou : après la décision des pays de l’AES

Alors que la majorité des universitaires s’éclipsent quand il s’agit de décrypter le départ du Mali, du Burkina et du Niger de la CEDEAO, car jugeant ce dossier sensible, Patrick Hinnou fait exception à la règle. Sur cette actualité majeure de la région ouest-africaine, il confronte sa trame intellectuelle.

Quelle est l’analyse de l’expert par rapport à cette situation ? Voici ci-dessous la grille de lecture de cet universitaire, socio-anthropologue, politiste, expert en gouvernance démocratique, spécialiste des questions internationales.

Ces trois États n’ont-ils pas faire une grosse erreur en tournant dos à la CEDEAO ?

En créant en septembre dernier, l’Alliance des États du Sahel, ces trois Etats ont déjà affiché leur logique.

Ils étaient depuis cette alliance à la recherche d’une certaine marge de manoeuvre face à leurs problèmes internes structurels et conjoncturels. Mieux, il s’agit de marquer leur volonté de se départir du droit de regard de certaines organisations sous-régionales et de l’hégémonie des puissances étrangères notamment la France.

Ces trois Etats étaient donc déjà dans une logique de redistribution des cartes pour avoir un environnement propice à l’émergence de leur économie et à la consolidation de leur espace politique et social.

Aussi, s’agit-il pour eux de se mettre ensemble pour contrer les attaques armées des terroristes. En effet, ces trois Etats sont menacés par le djihadisme. Et les gouvernements successifs avant les coups d’Etat n’ont pu apporter une réponse idoine pour endiguer le terrorisme, les juntes au pouvoir dans ces pays, font de la lutte contre le terrorisme une priorité.

En effet, ces pays reprochent aux institutions régionales et aux puissances étrangères de n’avoir pas pu les aider efficacement. Contre toute attente, les organisations sous-régionales et ces puissances étrangères ont cru devoir brandir la menace d’intervention militaire pour rétablir l’ordre constitutionnel. Tous ces éléments d’appréciation sont pour les régimes militaires des arguments pour justifier leur décision de quitter la CEDEAO.

Quel jugement de valeur peut-on porter suite à ces arguments? Tiennent-ils la route ?

Il est difficile de porter un jugement de valeur sur leurs arguments. On retient fondamentalement, que ces pays veulent mettre fin aux atermoiements, à la léthargie et à l’interventionnisme des occidentaux qui sont les causes du sous-développement de ces pays.

En clair, il s’agit pour eux d’assurer leur développement par une approche endogène et par un partenariat trilatéral plus agissant. Pour cela, il faut se débarrasser des mauvais accompagnateurs. Cependant, ils sont conscients que les débuts seront difficiles,

Ces pays peuvent-ils se développer sans la CEDEAO ?

Par rapport à l’avenir, il faut avoir l’humilité de reconnaître que ce ne sera pas facile.

Pour que cette alliance de l’AES réussisse, elle doit s’armer de courage pour trouver les voies et moyens pour contourner beaucoup de difficultés afin d’espérer ne plus dépendre de la CEDEAO

Quant à cette dernière, elle doit changer de posture pour se positionner en partenaire responsable si elle venait à consentir de coopérer avec l’AES.

Nul ne peut faire cavalier seul, même si ces trois Etats se séparaient de la CEDEAO, il arrivera un moment où ces pays de l’AES et la CEDEAO sont contraints de parler coopération sur le plan économique.

De part et d’autre, les deux parties ( AES et CEDEAO) doivent trouver de nouveaux critères de coopération beaucoup plus alléchants.

Dans tous les cas, ces trois pays feront leurs expériences et on aura le temps d’analyser si leurs objectifs de départ ont été atteints.

Cette décision n’est-elle pas une forme de pression sur la CEDEAO ?

Je ne parlera pas en terme de pression, car en premier lieu, c’est la CEDEAO qui a exercé la pression sur ces États.

Et c’est à juste titre, car c’est la CEDEAO qui a estimé que ces pays ont violé un ensemble de dispositions prévues par l’organisation sous-régionale. Et pour cette raison, elle a pris des mesures fortes contre eux, car leurs régimes ont été installés par la force contrairement à la voie de désignation des dirigeants depuis le renouveau démocratique des années 1990 dans ces pays.

Dès lors, on ne pourrait pas parler de pression sur la CEDEAO ni d’approche syndicale. Leur objectif, est de faire face à leur destin.

Pour cela, ils veulent créer un espace d’échanges et de dialogue pour se donner la main et discuter désormais d’une autre manière avec la CEDEAO de même que les autres institutions de la sous-région.

On retient que la logique de ces pays de l’AES, c’est de redistribuer les cartes avec de nouveaux partenaires. Et dans cette perspective, on voit un début d’élan avec la Russie et la Chine en faisant évoluer leur géopolitique et nouant de nouveaux partenariats avec ces puissances mondiales, au-delà des partenaires classiques des pays de l’AES.

Source : Radio Sêdohoun, FM

Transcription Afrique en Marche

Site www.lafriqueenmarche.info du 4 février 2024 No 587

Bénédicte DEGBEY

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