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Bénin : Lettre ouverte à Talon, trois faîtières de la diaspora à l’initiative

Bénin : Lettre ouverte à Talon, trois faîtières de la diaspora à l’initiative

Trois structures faîtières des Béninois de la diaspora ont transmis une lettre ouverte à Patrice Talon signée depuis Paris. Il s’agit de la CG/RBD c. h, présidée par Koffi Abloh, du CCDB sous l’égide de Dorothé Alia et du RDBS sous la houlette de Komlan R. Missinhoun.

Ces instances ont analysé un certain nombre de contingences survenues au Bénin et sur l’échiquier continental comme le coup d’Etat du 26 juillet dernier au Niger et la posture du président Talon. Au regard des éléments d’appréciation, les signataires ont invité le leader de la « Rupture » de bien vouloir entre autres : « renoncer à la guerre contre le pays frère du Niger et de désengager notre pays de cette aventure…». Lisez ci-dessous l’intégralité de ladite lettre ouverte

LETTRE OUVERTE DES ASSOCIATIONS DE LA DIASPORA BENINOISE EN EUROPE CI-DESSOUS CITEES

LA COORDINATION GENERALE DE LA RESISTANCE BENINOISE DANS LA DIASPORA canal historique (CG/RBD c. h.)

LE RASSEMBLEMENT DE LA DIASPORA BENINOISE POUR LA SOUVERAINETE (RDBS)

LE COMITE CULTUREL POUR LA DEMOCRATIE AU BENIN (CCDB)

AU
PRESIDENT PATRICE TALON

A PROPOS DE LA GOUVERNANCE CALAMITEUSE DU PAYS ET SA SOUMISSION CONTINUE AUX PUISSANCES ETRANGERES ET NOTAMMENT A LA FRANCE

Excellence Monsieur le Président de la République

Suite au coup d’Etat militaire intervenu au Niger le 26 juillet 2023 avec le renversement du Président Mohamed Bazoum, et sur injonction de la France, la CEDEAO a décidé d’intervenir militairement pour remettre Le Bazoum au pouvoir.
Tout le monde a vu l’empressement avec lequel vous avez exécuté les décisions de la CEDEAO. Parmi les chefs d’Etat de la sous-région, vous avez été le premier à déclarer que tous les moyens seront utilisés y compris la force pour rétablir l’ordre constitutionnel au Niger, et ceci, au mépris du respect de sa souveraineté. Vous avez été encore le premier à mettre en application les sanctions inhumaines, illégales et illégitimes contre le peuple du Niger en fermant les frontières de notre pays avec ce pays frère enclavé dont le principal débouché est le port de Cotonou. Face à cette provocation, vous avez pu mesurer vous-même à travers les capitales africaines, l’ampleur de la riposte des peuples d’Afrique contre la guerre d’agression impérialiste dans laquelle vous avez voulu les entrainer au profit des intérêts étrangers français. Les conséquences de part et d’autre des deux frontières sont incalculables. Au plan économique, c’est un désastre pour notre pays. Nous voici maintenant sous les diktats des institutions financières internationales Fonds Monétaire International (FMI) et Banque Mondiale (BM). Dans le même temps vous avez constaté l’attachement des peuples à la paix. La puissance de la riposte contre la guerre n’a pas manqué de tiédir momentanément les ardeurs va-t’en guerre parmi les pions de la FrançAfrique.

Mais les flottements observés n’ont pas suffi à amener vous et vos pairs à renoncer à vos visées bellicistes et agressives contre le peuple frère du Niger. Ainsi avez-vous confirmé et maintenu l’option d’agression militaire contre ce pays le 10 décembre 2023 à la réunion de la CEDEAO à Abuja. De plus, les impérialistes américains qui ont compris que leur allié français est complètement discrédité et rejeté, multiplient les initiatives pour tenter de préserver la place et les intérêts de l’OTAN dans la sous-région. C’est le sens du projet d’installation de bases de drones militaires en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Bénin par les américains (information révélée par le journal américain «Wall Street Journal» du 3 janvier 2024).

Monsieur le Président de la République,

En visite d’inspection des troupes françaises au Bénin le 8 décembre 2023, le chef d’Etat-Major des armées françaises le général Thierrry Buckard a confirmé l’existence de bases militaires françaises au Bénin en précisant qu’il n’y a pas de «BASES MILITAIRES FRANCAISES PERMANENTES» au Bénin. On sait que les bases militaires françaises chassées du Mali, du Burkina Faso et du Niger ne sont pas classées par la France comme «bases militaires permanentes» mais comme des « bases militaires opérationnelles » à durée indéterminée. Les démentis et dénégations honteux répétés par vous-même et votre gouvernement ne sont que des mensonges pour tromper le peuple béninois. Vous êtes d’autant plus gêné et honteux que vous ne pouvez pas ignorer qu’au pays de Béhanzin, de Kaba, de Bio Guéra, il existe une tradition connue maintenant de tous les Béninois : celle inaugurée par le Président Ahomadégbé selon laquelle notre peuple et surtout sa jeunesse sont contre la présence des troupes et bases étrangères dans notre pays.

Monsieur le Président de la République

Le 30 août 2022, devant le patronat français à Paris, vous avez longtemps fait l’éloge de votre vision des relations sociales entre patrons et travailleurs et surtout de comment vous avez dérégulé les lois sur le travail et esclavagisé les travailleurs dans notre pays.
Le 15 novembre 2023, devant le conseil économique, social et environnemental, vous avez déclaré : « A dire combien nous sommes satisfaits des relations de coopération qu’il y a entre le Bénin et la France ; combien nous trouvons notre compte, combien pour nous le passé est loin, combien nos relations ne sont pas polluées par les affres de l’histoire…. Que ce qui a pu se passer il y a 200 ans, 100 ans, 60 ans, que tout cela est bien derrière nous, parce que nous voulons que ça soit derrière nous ; et que, il n’est pas utile de se cramponner au passé pour polluer les relations actuelles qui sont indispensables au développement communautaire. Le monde est trop interconnecté ; et la compétition entre les pays, entre les communautés reste une réalité humaine. Il faut savoir où se trouve son intérêt et agir pour trouver son compte… Pour la part, pour la part du Bénin, nous n’avons pas de complexe à dire combien nous sommes satisfaits des relations de coopération qu’il y a entre le Bénin et la France ». Non Mr le Président Patrice Talon. Les immenses sacrifices et tortures de nos héros ne seront jamais passés en pertes et profits. La diaspora béninoise a honte de votre gouvernance.

Monsieur le Président de la République

A un moment où les peuples de notre continent commencent à prendre conscience que sans sauter le bouchon de la domination impérialiste qui se manifeste de mille manières, il n’y a pas de salut pour eux, c’est juste à ce moment que vous décidez de livrer encore plus notre pays à la France. Pour nous les Béninois de la diaspora, c’est une honte et une humiliation. Et tout ceci se passe à un moment où dans notre pays, le peuple est assailli par la faim ; où les producteurs n’ont pas le droit de vendre leurs produits à volonté et qu’ils sont traqués de toutes parts ; où le peuple croule sous les impôts et les taxes diverses. Tout ceci se passe aussi au moment où les libertés sont dans les fers et où de nombreux citoyens innocents croupissent dans les prisons ou sont envoyés en exil.

Monsieur le Président

Comme si cela ne suffisait pas, vous venez d’ajouter de nouveaux sujets de honte tels que :
Le Vote par le parlement de l’autorisation de l’accord CFA/ECO : un acte anti-patriotique, pro-impérialiste et de sujétion à la France ;
Les manœuvres pour la révision du code électoral et de la constitution pour se maintenir au pouvoir ;
La mise à la retraite forcée de plusieurs centaines d’officiers et d’agents de forces de défense et de sécurité et des douanes au mépris de la sécurité du pays ;
Le Vaccin anti-paludisme, sans aucun contrôle du contenu

Monsieur le Président,

Votre gouvernance déshonore notre pays et fait honte aux Béninois en général, à ceux de la diaspora particulièrement. C’est pourquoi les organisations de la diaspora béninoise : le CCDB, la CG/RBD c.h., et le RDBS joignent leurs voix à celles de tous les patriotes béninois et africains pour crier haut et fort :
Pas de troupes et de bases militaires étrangères sur le territoire du Bénin !
Troupes françaises, hors du Bénin et d’Afrique !
NON aux bases de drones militaires américains en Afrique !

Voilà pourquoi les organisations signataires de cette lettre exigent :

1) De renoncer à la guerre contre le pays frère du Niger et de désengager notre pays de cette aventure comme l’ont fait d’autres pays de la CEDEAO et de l’UEMOA. D’ouvrir les frontières nous reliant au peuple frère du Niger. De ne pas permettre l’installation de troupes ni de bases militaires sur le territoire du Bénin.

2) De laisser la liberté de produire pour les producteurs agricoles qui ont besoin de vendre leurs produits à prix rémunérateur leur permettant de vivre des fruits de leur travail. D’écouter vos concitoyens qui souffrent et qui se plaignent. De cesser d’accabler le peuple de taxes diverses. De satisfaire les exigences des enseignants, exigences qui sont multiples et multiformes et dont la résolution jaillira positivement sur l’école béninoise qui se meurt (la faim, la cherté de la vie, la gestion de carrière, la privation des libertés etc..)

3) De libérer les prisonniers politiques sans exclusion, les nombreux jeunes détenus sans jugement et autres Joël Aivo et Reckya Madougou, et de laisser rentrer dans leur pays les exilés politiques.

Veuillez croire Monsieur le Président en l’expression de nos sentiments distingués et patriotiques

Fait à Paris le 28 janvier 2024

Pour la CG/RBD c. h.
Le coordinateur
Koffi ABLOH

Pour la direction du CCDB
Le président
Dorothé ALIA

Pour le RDBS
Le président
Komlan R. MISSINHOUN

Site www.lafriqueenmarche.info du 31 janvier 2024 No 583

Bénédicte DEGBEY

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